couverture du roman Gidéon de Hélène Trouvé

Gidéon – Épisode 2 : Gidéon

Gidéon, c’est le mec, quand on apprend son prénom, on se dit que ses parents ne devaient pas l’aimer pour l’appeler comme ça. Le pire, c’est qu’ils ont fait délibérément le choix de lui donner un prénom de merde pour voir ce qui allait se passer dans sa vie ! Ils ont longtemps hésité avec Gudule et Donald. Mais c’est tombé sur Gidéon.

C’est pas qu’ils ne l’aimaient pas au fond, ils ont juste poussé la blague le plus loin possible. Ils se sont dit que de toute façon, le monde dans lequel ils vivaient était voué au chaos et à la destruction, autant se marrer un peu avant que tout explose. Ils ont pas vraiment été raisonnables en infligeant ça à leur mioche plutôt qu’à leur clébard, mais bon, ils étaient pas non plus les plus grands représentants de leur espèce.

Ce dont ils ne se doutaient pas c’est qu’ils avaient nommé le futur sauveur de l’Humanité Gidéon et que ça allait avoir une drôle de gueule dans les manuels d’histoire. Mais on en n’est pas encore là.

Ha oui, pardon, je me présente. Je ne m’appelle pas Henri, parce que premièrement, cette vanne est éculée, et puis Henri, c’est mon oncle, donc laissons-le en dehors de tout ça. Moi, c’est Jean. Oui, le Jean du chapitre précédent, oui, celui-là même. Le beau brun, la trentaine… Bon, j’ai le droit de me décrire comme je veux de toute façon, c’est moi qui raconte l’histoire. Histoire qui aurait pu s’appeler « Pourquoi vous avez encore la chance d’être en vie bande d’ingrats ! », si vous voulez mon avis, alors on baisse d’un ton !

Et puis, vous auriez du mal à visualiser concrètement un Ethérien, si je vous l’expliquais. On n’est pas du genre physique palpable comme vous, les Humains, même si on vous ressemble un peu (vous n’avez pas été créés à l’image de rien non plus, il fallait bien qu’on se base sur quelque chose !). D’ailleurs, dans les aventures que je vous raconte, je nous décrits tous de manière très humanisée et ce, afin de ne pas trop vous perturber. L’histoire en elle-même est déjà suffisamment difficile à avaler, si je dois aussi vous faire comprendre la densité et la forme physique de mes congénères, on n’est pas rendus !

Et puis, on n’est pas des brutes, quand on descend vous voir, on met un costume, et je ne parle pas que du trois pièces si vous voyez ce que je veux dire. On fait un effort, on s’adapte – encore une capacité qu’on vous a transmis pour vous aider à vous en sortir face aux difficultés de la vie. De rien ! Oui, on se met littéralement « dans la peau » des êtres vivants que l’on visite. Le film « Men In Black » avait vu juste d’ailleurs, mais en même temps, on avait des conseillers techniques sur le tournage. En tous cas, notre culture et notre langage n’étant pas accessible au premier cerveau humain venu, sauf quand on fait l’effort de traduire, de transformer et d’adapter, je vous ai mâché le travail pour que vous compreniez tout. Ne vous étonnez pas si ça ressemble à des choses que vous connaissez. Dites-vous que c’est une licence poétique en quelques sortes.

Bref, j’étais en train de vous parler de Gidéon. Sacré gosse… !

Né en 1980 (de votre calendrier chrétien), en France, à Dunkerque pour être précis, Gidéon avait pour parents Sylvie et Jean-Jacques, deux êtres pas nécessairement antipathiques, mais au sens de l’humour assez particulier. Ce sont eux qui ont eu l’idée de génie de l’appeler Gidéon, « au nom de l’humour, juste pour voir », qu’ils disaient à tout le monde quand on leur demandait d’où venait ce prénom si « original » (tout le monde sait qu’original, quand on parle d’un nouveau-né, ça veut dire moche, on est d’accord).

Ils avaient conçu le petit un soir de fête, en rentrant d’un mariage, mais ils étaient bizarrement sobres quand ils sont tombés d’accord sur le prénom… J’adore l’imprévisibilité des Humains !

Malheureusement, le pater de Gidéon a pas dû trouver que la blague suffisamment drôle parce que le petit n’avait pas un an quand il s’est fait la malle. Qu’à cela ne tienne, Sylvie a continué à s’occuper de lui comme elle le pouvait. Ça a donné un gosse plutôt intelligent, avec un bon sens de l’humour et de la débrouille. Fallait au moins ça avec un prénom pareil !

Mais ça a aussi donné un gamin un peu timide, qui manquait de confiance en lui, ce qui fait qu’il avait toujours tendance à s’attirer des amis à la noix. Vous savez, ces gamins un peu cruels, qui reniflent la faiblesse à des kilomètres et qui un jour vous disent que vous êtes leur meilleur ami et le lendemain ne vous adressent plus la parole, sans raison ? Ou ces gosses qui se foutent de vous parce que vos parents sont séparés ? Ou même, ces salopiauds qui vous encouragent à faire une connerie pour mieux vous montrer du doigt quand vous vous faites attraper ? Gidéon semblaient n’attirer que ce genre « d’amis » quand il était minot. Un aimant à trous du cul !

Alors forcément, à l’adolescence, il a un peu déjanté, mais gentiment quoi. Il a commencé à se bâtir une sorte de carapace. Il a commencé à se parler tout seul pour pas que les autres ne viennent l’embêter à la récré. Une année, il a raconté à un de ses profs qu’il avait passé ses vacances d’été à lire le dictionnaire et passer l’aspirateur. Il aurait dit qu’il avait passé l’été dans un placard sous l’escalier ça aurait été pareil ! À douze ans, il préférait se faire passer pour un dingue plutôt que de se retrouver au milieu d’eux. Malin, le petit !

Gidéon avait décidé de suivre la technique « P4 », comme ceux qui avaient pu se faire réformer de l’armée à l’époque du service militaire obligatoire, histoire d’être réformé des embrouilles de l’adolescence. Ça lui a permis d’avoir l’aura du « type bizarre » de l’école et à la fin du collège, plus personne ne l’ennuyait. Les « grands » de son âge prévenaient les petits, Gidéon, il était bizarre, il valait mieux ne pas le faire chier. « Il paraît même qu’un jour il a mordu un mec au front ! Si, j’te jure, c’est le frère de la cousine de mon voisin qui me l’a dit ! » Ce genre d’idioties quoi…

A l’âge du lycée, sa mère et lui ont déménagé. Son aura de type bizarre est restée dans le Nord, tandis que lui, il partait dans le Sud de la France avec Sylvie. Ils se sont installés en Ardèche. Du coup, il en a profité pour redevenir le Gidéon qu’il était au fond, un mec plutôt sympa, plutôt marrant, un peu différent mais pas méchant. Un mec qui aimait les bouquins, la musique, la télé…comme tout le monde quoi.

A la rentrée dans son nouveau lycée, il avait passé suffisamment d’années à observer et à analyser les systèmes hiérarchiques et les groupes qui se formaient dans les établissements scolaires pour savoir vers qui aller sans risque. A la frontière des gothiques et des métalleux, des babas-cool fumeurs de joints et des geeks qui jouaient aux cartes Magic et à Warhammer. Gidéon avait une place toute trouvée au milieu des « marginaux » et c’était exactement ce qu’il recherchait.

Des gens comme lui, un peu bizarres mais un peu normaux, un peu marrants mais un peu profonds, un peu intellos mais un peu cancres, un peu sages mais un peu rebelles. Des paradoxes. Des adolescents classiques, si vous voulez mon avis.

A l’école il était pas mauvais. Il a su lire jeune, ce qui lui a valu de sauter une classe, – il s’en serait bien passé, c’était pour lui une des causes de ses emmerdements scolaires, ça le mettait au-dessus du groupe alors qu’il aurait tout donné pour qu’on lui foute la paix -, et il était naturellement attiré par les matières littéraires. Il a jamais pu piffer les maths, les chiffres le mettaient dans une angoisse terrible, il avait l’impression d’être face à un tourbillon qui s’emmêlait dans sa tête et qui lui filait une bonne grosse envie de pleurer. Alors quand on a commencé à lui rajouter des lettres au milieu, autant vous dire qu’on l’avait perdu, là.

Il s’est plutôt tourné vers les langues, ça c’était sa tasse de thé. Ça lui venait tout seul ou presque. Les mots, la grammaire, la syntaxe, les expressions, les exceptions, tout ça c’était purement le genre de logique illogique qui lui parlait. Mais il ne dépassait que très rarement la moyenne. On n’arrêtait pas de lui dire qu’il avait des facilités, du potentiel mais il n’avait pas vraiment envie de les exploiter. Être au milieu, ça lui suffisait. Et surtout, il avait du mal à croire qu’il pouvait être bon en quoi que ce soit.

Il est toujours un peu comme ça d’ailleurs. Vous avez beau lui expliquer en long, en large et en travers qu’il est capable de faire des choses extraordinaires, qu’il a du talent, il vous trouvera toujours une excuse pour vous dire que ouais mais non, c’est gentil de dire ça, mais c’est pas vrai, « qui je suis moi pour prétendre être capable de faire ceci ou cela mieux que les autres »… bla bla bla, les discours habituelles des gens qui n’ont pas confiance en eux quoi.

Pardon, je passe pour un vrai salaud à parler de lui comme ça, mais j’ai le droit, ça fait des années que je le côtoie maintenant Et même après qu’il ait sauvé l’Humanité, il trouve encore le moyen de me faire des crises de doutes ! Enfin, bon, c’est Gidéon quoi…Je crois qu’il ne se rendra jamais vraiment compte de l’impact qu’il a pu avoir. C’est marrant, ça change de tous les abrutis que vous avez tendance à élire aux postes de pouvoir, qui n’en foutent pas une ramée et qui se prennent pour les maîtres du monde !

Bon sang, ce que vous êtes formidables, vous les Humains !

 

 


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