Compulsion #10

The sound of flippance

Une série

Archive 81 disponible sur Netflix.

Franchement, je ne suis même pas sûre d’avoir besoin de vous en parler tant la hype est forte autour de cette série et, pour une fois, c’est amplement justifié.

Vous vous souvenez, je vous avais parlé de Scream 5 et de mon amour renaissant pour le genre horrifique, fantastique et les trucs qui font peur ? Et bien, Archive 81, c’est complètement dans la veine de ce que j’aime : du mystère, du creepy, du fantastique, de l’onirique, de la société secrète, de la conspiration, de stressant, du prenant…bref, c’est une putain de série et je l’ai bingée en une journée (8 épisodes d’une heure, c’est ça aussi le chômage) !

Comme je ne souhaite pas spoiler quoi que ce soit de l’intrigue et de ses moult rebondissements, je vais juste vous mettre le résumé officiel :

Après avoir accepté de restaurer des vieilles cassettes vidéos, un archiviste se retrouve au cœur d’un mystère impliquant la réalisatrice disparue et une secte démoniaque.


Le pitch est alléchant mais laisse suffisamment place à l’imagination
pour que l’on soit complètement halluciné·e à chaque épisode. Comme les persos, j’ai souvent répété “Mais WHAT THE FUCK !?” au long de mon visionnage tant les twists scénaristiques sont très nombreux et inattendus !

En dehors de l’histoire pure, il y a plusieurs choses que j’ai particulièrement aimé dans cette série.

Premièrement, le fait que l’intrigue tourne autour de found footages, c’est-à-dire d’enregistrements trouvés dont on ne connait pas vraiment la provenance et dont les contenus s’avèrent très mystérieux et effrayants. Ici, on est sur des cassettes vidéos et parfois audios datant des années 1990 – pour les plus récentes, mais l’archiviste en question, Dan, restaure des bandes datant parfois des années 1940, je crois – et cet aspect a ajouté une dose de plaisir à la série, par son côté nostalgique. J’ai grandi à cette époque où les caméscopes et les magnétoscopes étaient légions, où ma mère passait son temps à filmer nos vacances, nos anniversaires et chaque moments jugés dignes d’être immortalisés en vidéo, alors qu’en fin de compte, on ne les a pas vraiment regardé depuis (je cringe d’avance pour le jour où je vais retomber dessus et les regarder).

Ce qui est nostalgique pour une certaine catégorie de personnes peut paraitre complètement vintage et mystérieux pour une génération plus jeune et je pense que les bandes magnétiques ont cet effet dans la série. Toute la génération qui a connu ces technologies se dira “Rappelle-toi les cassettes audio quand on enregistrait les chansons à la radio pour se faire des vraies mixtapes et quand la bande se coinçait dans le lecteur ! Et les cassettes vidéo de toutes les tailles possibles que l’on devait regarder depuis le caméscope pour les copier via le magnétoscope pour les immortaliser (pour quelques années, maximum) sur des VHS…

*nostalgie de millennial intesifies*

Mais pour les plus jeunes, j’imagine que toutes ces cassettes, ces magnétoscopes, ces caméscopes, ces télévisions à tubes cathodiques constituent déjà des mystères. Ielles n’associent pas ces technologies au quotidien, à la normalité, mais potentiellement, à un passé révolu, plus ou moins lointain, désuet peut-être, mais à la fois étrange et surtout, inconnu. Et dans cela réside un fort potentiel de peur, car, qu’y a-t’il de plus inquiétant, de plus effrayant pour tout être humain que l’inconnu, n’est-ce pas ? C’est un des mécanismes de base de toute fiction d’horreur : l’inconnu. Il y a quelque chose qu’on ne peut identifier derrière une porte qui nous veut alors forcément du mal. Il y a quelqu’un qu’on ne connait pas (encore mais qu’on finira par connaître au reveal final) qui tue des gens. Il y a un bruit qu’on ne connait pas dans le couloir, dans la cave, dans la forêt, dans la gorge d’une enfant de 12 ans qui fait des bons sur son lit, un comportement qu’on ne lui connait pas non plus d’ailleurs et forcément, c’est inconnu donc effrayant et dangereux.

La peur de l’inconnu est un phénomène primal/primaire/primitif, et quelque chose d’universel, de profondément ancré dans notre cerveau qui nous a permis de sauver notre peau depuis la nuit des temps, parait-il. On a survécu en tant qu’espèce parce qu’on a eu l’intelligence d’avoir suffisamment peur de l’inconnu pour ne pas se jeter du haut de la montagne et constater que, ah ouais, en effet, on meurt quand on tombe de haut. Archive 81 joue admirablement sur cette peur de l’inconnu et notre curiosité maladive d’êtres humains, pour nous emporter dans son histoire et nous tenir en haleine.

L’utilisation du son comme mécanisme de peur est l’autre chose qui m’a fasciné dans cette série. Dès les premiers épisodes, il suffit de quatre notes de musique pour se retrouver dans un état de stress intense tant elles n’ont pas de sens a priori, d’origine claire, tant on ne sait pas de quoi/de qui/d’où elles émanent, ce qu’elles racontent, si elles sont inoffensives ou effectivement démoniaques comme notre for intérieur semble nous le dicter. Quatre petites notes de musique qui sont ensuite déclinées dans toute la série, sous forme de chant, de murmure, dans le thème même de la bande originale, jouées au piano, au violon, à la clarinette, par un big band, dans un opéra… suffisent à provoquer des réactions incroyables en nous. Ma meilleure amie qui a commencé à regarder la série sur mes conseils m’a même dit un truc du genre “ces sons-là, ils me filent la gerbe tellement ils m’angoissent” et c’est également une des réactions du personnage de Melody quand elle les entend dans une scène d’un des premiers épisodes de la série.

Plus on avance dans l’intrigue, plus on donne du sens à ces quatre notes, mais plus elles continuent de nous faire peur, parce qu’on sait ce qu’elles annoncent, ce qu’elles représentent, le pouvoir qu’elles renferment.

Ce traitement du son est un coup de génie car il rajoute un couche de peur à l’ambiance déjà inquiétante de la série. D’autres sons d’ailleurs sont utilisés pour générer de la peur, ou en tout cas, pour intriguer : ceux des objets de lecture des VHS et autres cassettes audios.

On en revient à ce mystère autour de ces objets pour une partie des spectateur·ices de la série, car les bruits qu’ils produisent sont aussi mystérieux que les objets eux-même. Rappelez-vous du bruit que faisaient les premiers modems 56k lorsqu’on se connectait à internet au début des années 2000. Rappelez-vous du bruit d’une platine vinyle qui continue de tourner alors que le disque est fini. Rappelez-vous le bruit blanc d’une cassette audio où rien n’a été enregistré. Rappelez-vous le bruit blanc entre la dernière chanson de l’album et le morceau caché la première fois quand on ne s’y attend pas et qu’on sursaute de surprise et de peur en entendant une voix nous dire que ce n’était pas tout à fait fini.

Écoutez au passage les sons du Musées de sons en voix de disparition et dites-moi qu’il n’y en a pas un ou deux qui vous a fait flippé quand vous étiez enfant ?

C’était l’époque où le hardware nous parlait littéralement1, une chose dont on n’a vraiment plus l’habitude, sous cette forme en tout cas. Tandis que Dan manipule VHS caméscopes, caméras et K7 audios pendant toute la série, nous, spectateur·ices, on est à la merci des sons des objets qu’il utilise pour lire les supports. Le lancement du magnéto ou le bruit de la bande qui s’emmêle et se déchire dans le lecteur font partie de la montée du suspens. On attend impatiemment de savoir ce que va renfermer la prochaine cassette, et notre niveau d’anxiété monte dès qu’on entend ce bruit du magnétoscope qui avale la cassette et s’apprête à la lire.

Ça me fait penser au dernier livre en date de Chuck Palahniuk “The Invention of Sound” qui parle, en partie, de la manière dont sont fabriqués les bruitages et les sons pour le cinéma mais, comme c’est à la sauce Palahniuk, c’est forcément poussé à l’extrême et complètement zinzin.

 

Le son est un élément central de cette série et cela tient aussi en grande partie au fait que Archive 81 est à l’origine un podcast de fiction horrifique – que je n’ai pas encore écouté mais que j’ai évidemment ajouté à ma liste de lecture.

Dans une fiction audio, on est obligé de jouer avec les sons pour titiller l’imagination des auditeur·ices et ça fonctionne forcément très bien pour le genre horrifique.

Extrait d’Anatomie de l’Horreur de Stephen King, réédité chez Albin Michel en 2018.

D’avoir réussi et même souhaité conserver cet aspect dans la série est une vraie bonne idée de la part de ses créateur·ices car cela atteint son but : nous angoisser, nous faire peur et avec cela, nous donner envie de savoir la suite et aller au bout de l’histoire.

Chapeau, les artistes de l’horreur.


1

Je crois que c’est Henry Michel qui avait utilisé cette expression dans un épisode de Riviera Détente à propos des bruits des vieux ordinateurs.

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