Philosophie de comptoir : l’arnaque du Travail Charmant.

Une fois de plus, ma vie professionnelle est dans un état proche de l’Ohio et je me retrouve à cogiter sur le sujet.

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Dans ces cas-là, en bonne pré-trentenaire bien connectée, je partage mes états d’âmes (Eric) avec les copains du Belgistan sur Twitter et j’ai pu, encore une fois, avoir une conversation des plus intéressantes avec ma chère Miloon, qui elle aussi, a pas que des moments faciles dans son job chez Kafka Inc.

A la base, j’étais en train de me dire à moi-même, puis au réseau, que j’en étais à un stade où je réalisais que le job de rêve n’existait pas. Plus ma vie professionnelle avance, plus je me fait doucement une raison : jamais je ne ferai vraiment un taf que j’aime. Le job de rêve n’existe pas (en tout cas pour moi) et je finirai, comme beaucoup de gens, à faire un boulot qui me plait moyen par nécessité. Parce qu’il faut bouffer. Parce qu’il faut payer le loyer. Parce que.

Ca fait déjà un moment que je me doutais que je ne ferai pas partie du club de ceux qui ont un job trop de la balle, et qu’il allait falloir que je trouve mes kiffs en dehors. Ça tombe bien, j’ai des amis, une famille, du sport, des engagements associatifs, une vie online (oui ça fait partie de mes kiffs, et si quoi ? On est en 2013 ou pas les gars ?)… Bref, de quoi faire en dehors de 9h-17h. Et c’est déjà pas mal.

Mais faire ce constat, réaliser que je ne serai jamais une working girl épanouie, m’a rendue un peu triste. Mais pourquoi ? N’est-ce pas une preuve de ma maturité que d’arrêter de croire au Père-Noël du travail ? N’est-ce pas ça, être adulte, faire des compromis et se dire, tant pis, faut bien bouffer alors je vais au turbin ?

Alors, en discutant avec Miloon, on en est arrivé à un constat intéressant : même si on se fait une raison sur l’aspect youpi de notre vie professionnelle, ça nous fait chier parce que depuis qu’on est gamins(es), on nous bassine avec « Faut faire un job que t’aimes ! » très loin de la réalité conjoncturelle dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Et là, j’ai eu l’éclair. Une épiphanie.

Comme pour le Prince Charmant, on nous a bercé d’illusions avec le Travail Charmant.

Comme le Prince, Travail nous rend heureux (on est content de se lever pour aller lui chercher ses bières au frigo). Comme le Prince, Travail est la réponse à nos problèmes (un huissier ou une méchante sorcière, c’est kif-kif). Comme le Prince, Travail est beau (juste, on nous avait pas dit qu’il puait des pieds et pétait au lit). Comme le Prince, Travail nous apporte richesse et prospérité (1000 boules par mois pour 35h par semaine, de quoi tu te plains, connasse !)…

Bref, Prince et Travail Charmants sont en fait deux frangins qui nous font rêver mais une fois que tu les connais, tu préférerais retourner pioncer dans la forêt:

Comment en est-on arrivés là ? Pour les mêmes raisons que l’humanité a eu besoin de se créer un archétype de l’Homme beau et bon sur son cheval blanc. Masquer la merde de la réalité et faire en sorte que le monde avance. Parce que si les petites filles avaient su que les mecs sont pas aussi parfait que le Prince, la race humaine serait déjà éteinte depuis belle lurette !

Et pourquoi j’y ai cru, d’abord ?

Nos parents et grands-parents ont tellement eu des jobs subis, j’ai l’impression, qu’ils nous ont toujours encouragé à faire ce qu’on aime. En tout cas, c’est comme ça que j’ai été élevée : faut bosser, l’argent rentre pas tout seul, mais par pitié ma fille, fais un job qui te plait et pour ça, travaille bien à l’école et tu auras l’embarras du choix ! Je vais pas blâmer ma mère, bichette, elle savait pas qu’en 2013 le monde entier serait dans la merde.

Aujourd’hui, je sais pas si elle aurait le même discours. Et moi même, dans quelques années quand mon fils devra cravacher pour me payer un hospice convenable, je lui dirai peut-être pas la même chose.

Ça serait plutôt du genre :

« Bon, mec, comme tu le sais, l’argent ça pousse pas dans les arbres ou en montrant sa bite à la téloche – tu as trop de classe pour ça. Pour avoir de quoi bouffer faut donc se sortir les doigts du fion et aller bosser. Malheureusement, – et finalement, on nous avait déjà prévenu dans la Bible, si t’avais été au cathé tu l’aurais déjà appris, – l’Homme est fait pour une vie de labeur. Labeur, ça veut dire « travail où t’en chie » en Araméen. (Oui j’ai fait araméen LV4 au lycée et tu vois à quoi ça me sert aujourd’hui…)

Et y’a rien de plus vrai aujourd’hui. L‘Homme est fait pour une vie de labeur.

Donc va falloir que tu ailles travailler mon petit poussin, mais attention, ne te fais pas trop de films, ton job ne va pas beaucoup te faire kiffer. Désolée. Et pour le vivre un peu moins mal que d’autres, je ne peux que te conseiller de bien réfléchir à ton avenir dès le CP et étudier le marché du travail avant de te lancer dans des études d’arts appliqués pour finir équipier chez Mac Bouffe. Tu ne le feras pas, tout comme moi, bien sûr. Tu te retrouveras comme presque tout le monde à la fin de tes études à te dire que maintenant faut y aller et tu feras ce que tu pourras.

Mais s’il te plait, n’en soit pas frustré, que cela ne te ronge pas. Dis-toi que le bonheur est ailleurs. Que la vie n’est pas derrière un bureau ou une ligne de conditionnement. L’amour, la santé, la joie, tu les trouveras auprès de tes amis, de ta famille, des tiens. Certes, ça fait chier d’être pauvre, mais ça t’apprend à vivre de bonheurs simples et de pas de rendre malade pour un iPad 12. Si tu ne dois pas être heureux dans ton travail, soit. Mais ne soit pas malheureux dans le reste. »

Enfin, je dis ça, je sais pas. Ça se trouve quand il sera Président du Monde et il en aura rien à carrer de mes conseils de vieille.

Alors, non, je ne suis pas une vieille aigrie du monde du travail, j’ai envie de croire que des gens s’épanouissent dans leur job. Il s’avère juste que moi, avec mes petits diplômes et mes petites expériences, pour le moment, c’est pas le cas. Ça l’a été, ça le sera peut-être encore mais, aujourd’hui, j’en suis là. A me dire que demain, quand je retournerai faire des bisous à Paul Emploi, j’aurai certainement pas le choix, y’aura certainement pas « Job de rêve de Leeloo » dans la liste des offres que mon conseiller me donnera.

Mais maintenant que je le sais, que je me le suis bien imprimé dans le crâne, peut-être que je serai moins malheureuse si je me retrouve au chomdu à devoir accepter n’importe quel job pour pas crever la dalle. J’arriverai plus facilement à relativiser. J’espère.

Pour conclure sur une note positive.

Auteur : Leeloo Rocks

Woman, France, writer, blogger, geeky mother, former roller derby player, community manager and communication worker, rock music lover, artists interviewer... and many more things that rhyme with -er !

5 réflexions sur « Philosophie de comptoir : l’arnaque du Travail Charmant. »

  1. Je ne sais pas si c’est dû au fait que tu écrives trop bien ou si on a été en communion d’esprit pendant quelques minutes, mais après un paragraphe, j’avais l’idée » Prince Charmant, Boulot, St Nicolas et Père Noël: même topo » en tête.
    I’ll be back!

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  2. Je vais lire cela à mes parents 🙂
    Ils sont pensionnés de l’enseignement et commencent seulement à réaliser dans quels monde leurs enfants vivent.

    Et maintenant ils se posent des questions pour l’avenir de leurs petits enfants.

    (et on a même pas mentionné le changement de climat, la malbouffe, la NSAgate ou la prochaine crise financière …)

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